Les calculateurs électroniques : la révolution silencieuse de l'automobile

Cette dernière décennie a été révolutionnaire pour l’industrie automobile : c’est au cours de cette période que la transition de la fabrication de moteurs à combustion interne (MCI) vers celle de véhicules électriques (VE) s’est accélérée. En Europe, Audi cessera de développer de nouveaux moteurs à essence ou diesel en 2026, pour passer à une production exclusivement électrique d’ici 2032 ; quant à Volkswagen, le constructeur s’est engagé à ce que 70 % de ses modèles européens soient entièrement électriques d’ici 2030. Cette dynamique s'explique en grande partie par l'annonce de normes d'émissions européennes plus strictes, dont la mise en œuvre est prévue en 2025. De son côté, le constructeur américain General Motors a confirmé qu'il mettrait progressivement fin à la fabrication de véhicules à moteur à combustion interne et qu'il atteindrait la neutralité carbone dans l'ensemble de ses activités de production à l'échelle mondiale d'ici 2035.

La révolution de la décarbonisation dans le secteur automobile fait souvent l'objet de discussions et bat déjà son plein. Elle n'a rien de discret. Parallèlement à l'arrivée des voitures 100 % électriques et hybrides, les véhicules sont de plus en plus pilotés par des systèmes informatiques, ce qui permet de les réparer et de les mettre à jour à distance. C'est cette technologie qui constitue la révolution discrète dont nous aimerions parler.

Tous les véhicules modernes sont équipés de nombreux blocs de commande électroniques (ECU) destinés à contrôler différents aspects de leur fonctionnement. Il s’agit de microprocesseurs intégrés dotés d’un logiciel permettant de recevoir des signaux d’entrée provenant de capteurs, qui appliquent des algorithmes de commande afin de générer des signaux de sortie destinés aux actionneurs et agissant sur le véhicule. Il existe différents types d’actionneurs. Par exemple, les actionneurs peuvent inclure de simples relais pour contrôler les serrures de porte, des régulateurs pour régler les rapports air/carburant dans le moteur, la boîte de vitesses, le système hydraulique, la suspension, la direction, etc.

Compte tenu de la complexité sans cesse croissante des véhicules et des fonctions contrôlées par les calculateurs électroniques (ECU), les passerelles font désormais partie intégrante des véhicules. Elles permettent la communication au sein du réseau embarqué et font office de routeurs et d'unités centrales de traitement entre les différentes parties du véhicule. Ces passerelles sont accessibles à distance via une liaison de télécommunication externe, qui utilise la technologie sans fil pour accéder au véhicule et en contrôler le fonctionnement.

Il est donc courant que les calculateurs électroniques (ECU) soient mis à jour à distance et que de nouveaux logiciels y soient installés. Cela permet de corriger les nouveaux bugs détectés ou d’apporter des améliorations fonctionnelles. Les calculateurs peuvent être programmés et mis à jour avec des verrous de tuning, c'est-à-dire un code de verrouillage qui empêche toute personne autre que des techniciens agréés ou des outils de diagnostic de lire le calculateur ou d'y écrire. Si l'opération n'est pas effectuée correctement, l'accès au calculateur ou sa mise à jour peut entraîner son « bricking », transformant ainsi le véhicule en un presse-papier hors de prix. Ce « bricking » du calculateur peut être résolu dans certains cas, mais il peut aussi être irréversible.

Les calculateurs électroniques (ECU) ont permis aux constructeurs automobiles d'activer ou de désactiver certaines fonctionnalités en fonction des préférences des utilisateurs ou de leurs abonnements. BMW a récemment lancé un service d'abonnement au chauffage des sièges et du volant destiné aux conducteurs de BMW dont le véhicule n'est pas équipé de série de ces équipements.

Les fonctions de chauffage sont activées par un logiciel intégré à un calculateur électronique (ECU) : la résistance chauffante et les connexions électroniques sont physiquement installées dans la voiture à l’achat, mais le bouton du tableau de bord permettant de chauffer les sièges n’est activé qu’une fois que l’utilisateur s’est abonné au service via ConnectedDrive de BMW, qui a été le premier système embarqué à permettre un accès illimité à Internet dans la voiture en 2008 et qui s’est aujourd’hui transformé en un assistant personnel entièrement numérique, ainsi qu’en une interface permettant aux utilisateurs d’acheter des mises à niveau pour leur voiture. Toute fonction contrôlée par un calculateur peut être configurée de cette manière. Cela permet également aux acheteurs de BMW d’occasion de faire évoluer leur véhicule en s’acquittant d’un abonnement mensuel.

Cette initiative a suscité des réactions mitigées chez les clients BMW : certains saluent la flexibilité du système – pourquoi payer pour le chauffage des sièges en été ? –, tandis que d’autres s’indignent de devoir payer pour utiliser un dispositif de chauffage qui, techniquement, est déjà intégré au véhicule. Pour répondre aux préoccupations de certains, BMW a clairement indiqué dans un communiqué de presse qu’aucun abonnement ne serait nécessaire si la voiture était achetée neuve avec cette fonctionnalité activée.

John Deere, le constructeur de machines agricoles, a essuyé une vive réaction de la part des agriculteurs et des concessionnaires lorsqu’il a introduit des calculateurs verrouillés via son service « Connected Support » en 2015. Bien que cette technologie permette aux techniciens de maintenance de se connecter à distance aux machines des clients pour identifier d’éventuels dysfonctionnements et les réparer, les clients se sont montrés réticents à son égard. Ce processus semblait étranger à beaucoup d’entre eux, habitués à entretenir et à réparer eux-mêmes leurs machines. Ce nouveau processus, qui repose sur la technologie des calculateurs, impliquait également que les techniciens devaient parfois se rendre physiquement sur place auprès d’un tracteur nécessitant une réparation pour y saisir des codes et des clés propriétaires, alors que cette opération pouvait être effectuée par l’agriculteur lui-même sur les anciens modules. John Deere a d’abord essuyé de vives critiques pour avoir été l’un des premiers à adopter cette innovation.

Cette perception a toutefois changé en 2022, bien que dans des circonstances tragiques, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine. Au cours de la bataille de Melitopol, 27 tracteurs, semoirs et moissonneuses-batteuses John Deere, d’une valeur de 5 millions de dollars, ont été pillés par des soldats russes dans la concession de la ville, puis transportés en Tchétchénie. Le personnel de la concession ukrainienne de John Deere a riposté en utilisant la technologie ECU pour localiser les véhicules grâce au récepteur GPS installé sur les machines et les « bloquer », rendant ainsi ce butin apparemment précieux inutilisable, pour le plus grand bonheur de l’entreprise et de ses clients.

Il semble que la technologie des calculateurs électroniques (ECU), qui offre de nombreuses possibilités aux conducteurs et aux constructeurs, se heurte encore à une certaine réticence dans certains milieux. Les clients ont besoin d'être assurés que tout système fonctionne dans des conditions de sécurité optimales, et d'une relation de confiance entre eux et le constructeur. C'est pourquoi nous pensons que son intégration dans notre quotidien se fera en douceur. Il est clair que les calculateurs électroniques (ECU) présentent de nombreux avantages pour les conducteurs et les constructeurs : ils permettent de mettre à jour les fonctions du véhicule, de désactiver les véhicules volés, d'offrir davantage de flexibilité aux acheteurs de voitures d'occasion et d'ouvrir de nouvelles sources de revenus pour les constructeurs.

Cette révolution est peut-être silencieuse, mais son impact sur la société sera considérable.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la technologie des calculateurs électroniques (ECU), n'hésitez pas à contacter l'auteur ou votre avocat habituel chez Barker Brettell.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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